Une avalanche législative pour noyer les débats

3 avril 2025

L’année civile vient de commencer, mais le calendrier fait bien les choses pour le gouvernement Legault qui persiste et s’entête à sortir des projets de loi qui mettent en péril les services publics et les droits des travailleuses et des travailleurs. Avec les projets de loi n°47, n°89 et n°94, il enchaîne les réformes dans une avalanche législative qui noie le débat démocratique et étouffe toute opposition publique avant qu’elle n’ait pu réagir. À ces sorties multiplicatives, s’ajoute le dévoilement du très décevant budget 2025-2026.

Si les dernières négociations menées ont montré quelque chose, c’est que la CAQ ne peut pas tout nous imposer sans résistance de notre part. Rusé, le gouvernement en a pris bonne note! Maintenant, le ministre du Travail s’emploie à modifier les règles du jeu, notamment par le biais du projet de loi n°89 qui vient restreindre le droit de grève.

Avec les potentielles restrictions excessives que son projet contient, le gouvernement subtiliserait l’un des derniers outils dont dispose le personnel de l’éducation pour maintenir un équilibre du rapport de force.

Ce n’est pas qu’anticonstitutionnel, il existe un conflit d’intérêt majeur : En tant que législateur et négociateur, le gouvernement s’arrange pour reprendre par des moyens détournés ce qu’il n’a pas réussi à obtenir à la table des négociations. Cette concentration du pouvoir est malsaine, dangereuse et ne protège pas le bien-être de la population.

Le projet n°94 est bien couvert par ma collègue Geneviève dans sa Lettre attachée, mais qu’en est-il du projet de loi n°47? Celui-ci vise à renforcer la protection des élèves, objectif que nous partageons évidemment à 100 %. C’est plutôt dans les détails qu’il y a problème, notamment dans les questions d’interprétation de la loi comme elle est écrite présentement.

Poudre aux yeux! Le budget 2025-2026, « Pour un Québec fort », ne nous trompera pas non plus… Il est décevant et fragilise le réseau de l’éducation. La CAQ prétend « améliorer les services offerts aux Québécois ». Quand on prend le temps de l’analyser, on voit bien que le terrain est préparé pour une nouvelle période d’austérité. Notez bien qu’il n’y a aucun recul direct sur le financement en éducation si l’on s’abstient de compter les coupures demandées aux centres de services scolaires cette année. Mais, la croissance des dépenses sera bien en dessous des besoins réels. Les experts sont unanimes : il y aura 2,2 % d’augmentation en 2025-2026, alors que le maintien des services en exigerait au moins 4,7 %.

Paradoxalement, le gouvernement annonce vouloir « consolider » la francisation et « mettre en valeur la culture et l’identité québécoise ». Pourtant, il a lui-même sabré violemment dans les réseaux de francisation l’an dernier, mettant au chômage 350 collègues enseignants et fermant la porte des cours à près de 10 000 personnes immigrantes.

Avec ses façons de faire, le gouvernement nuit au débat public. Dans la forme, ses projets de loi sont souvent inutiles. Sur le fond, il déconstruit des années de luttes syndicales en plus de mentir comme un arracheur de dents en prétextant vouloir protéger la population.

Je refuse que nous soyons de simples spectateurs de cette dérive. Le Syndicat de Champlain est le chien de garde de la convention collective, des valeurs syndicales et des droits de ses membres. Nous serons présents, mobilisés et vigilants pour défendre nos acquis. La lutte continue.

Jean-François Guilbault

Président du Syndicat de Champlain